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Le Journal · Élina Bedouch

août 27, 2026

La rentrée quand on est timide : ce qu’on attend vraiment de septembre

On approche de septembre, et il y a déjà une partie de toi qui a commencé à faire des listes. Le sport qu’on va reprendre, le cours du soir, les papiers en retard, la salle de bain à repeindre…

La rentrée arrive toujours avec cette envie de reprendre les choses en main, et on la remplit d’objectifs concrets, parce que c’est ce qu’on sait faire et parce que ça se coche.

Mais il y a autre chose en dessous, et c’est rarement dans les listes. La rentrée quand on est timide, ça se joue ailleurs que dans l’agenda, et c’est de ça que je voulais parler.

Ce qu’on met dans les listes, et ce qu’on garde pour soi

Quand on gratte un peu, ce qu’on attend vraiment de septembre, c’est pas d’avoir un planning mieux rempli, c’est de se sentir un peu plus à sa place, d’arriver dans une pièce sans avoir envie de se faire tout petit, de dire ce qu’on pense sans le regretter pendant trois jours, d’oser proposer un projet, demander une augmentation, aller parler à quelqu’un à la machine à café sans préparer sa phrase pendant dix minutes…

Ça, ça se met pas dans un planning. Il y a pas de case, pas de date, pas de matériel à acheter. Du coup on le formule même pas, on le garde pour soi, et on reprend une liste de choses faisables à la place.

Pourquoi on préfère les objectifs pratiques

Parce qu’ils sont rassurants. Reprendre le sport, c’est net. Tu sais quoi faire, tu sais quand, tu sais si c’est fait ou pas. Alors que « arrêter de me taire en réunion », c’est flou, c’est intime, et surtout ça t’oblige à reconnaître que ça te pèse depuis des années.

Donc on choisit la version confortable. On se donne des objectifs qu’on peut atteindre sans rien risquer, et on se dit que le reste suivra tout seul, portés par l’élan de la rentrée. Sauf que le reste suit jamais tout seul.

Changer de décor ne change pas le réflexe

Je vois beaucoup de personnes qui bougent tout autour d’elles en septembre. Nouveau poste, nouvelle ville, nouvelles habitudes, nouveau groupe de sport. L’idée derrière, souvent inconsciente, c’est qu’en changeant le contexte, on va changer avec. Et ça marche un temps ; les premières semaines, personne te connaît, tu n’as pas d’étiquette, tu peux repartir d’une page blanche.

Puis le vieux réflexe revient. Il suffit d’une réunion où tout le monde se tourne vers toi, d’un dîner avec des gens que tu connais mal, d’un moment où il faut dire non. Ton corps réagit exactement comme avant, parce que ce qui se déclenche là dépend de ton rapport au regard des autres.

C’est le même mécanisme que celui qui fait que les vacances ne changent rien à la timidité : on attend d’un changement extérieur qu’il règle quelque chose d’intérieur.

Nommer ce qu’on veut vraiment

Ce qui change les choses, c’est de mettre des mots précis sur ce qu’on veut. Pas « avoir plus confiance en moi », qui veut tout dire et rien dire. Quelque chose de concret, de situé, qui ressemble à ta vie.

C’est plus inconfortable à écrire, forcément. Parce que c’est un vrai désir, et un vrai désir, ça peut être déçu, alors qu’une case à cocher, non. Mais c’est exactement pour ça que ça a une chance d’arriver, un objectif précis te donne quelque chose à viser et te permet de savoir si tu avances.

Commence petit, vraiment petit

Et une fois que c’est nommé, il faut résister à l’envie de tout faire d’un coup. La rentrée donne un élan, et l’élan pousse à se fixer des trucs énormes qu’on tient trois semaines. Si ton objectif c’est de prendre la parole en réunion, ne commence pas par une présentation devant quarante personnes. Commence par une phrase, dans une réunion de cinq. Assez petit pour que tu puisses le faire, assez vrai pour que ça compte.

C’est comme ça que ça se construit, avec une preuve, puis une autre, à un rythme que ton système peut suivre. Accueillir ce qui se déclenche, oser malgré ça, et laisser quelque chose s’ouvrir derrière.

Et maintenant ?

Fais l’exercice pour de vrai. Enlève tous les objectifs pratiques de ta rentrée, le sport, les papiers, le rangement.

Qu’est-ce qu’il reste ? Qu’est-ce que tu aimerais vivre différemment cette année, dans ta manière d’être avec les autres ? Écris-le quelque part, même en une phrase, même maladroitement. Le simple fait de le formuler le sort du flou, et un truc formulé, ça devient un truc sur lequel on peut travailler.

Si tu veux qu’on regarde ça ensemble, ma porte est ouverte. Un échange de 15 minutes, sans engagement, juste pour voir par où commencer.

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