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Le Journal · Élina Bedouch

11 septembre 2026

Timidité au travail : pourquoi tu ne prends pas ta place

Tu es en réunion et tu as une idée. Tu la tournes dans ta tête, tu attends le bon moment, tu te demandes si c’est pertinent, si c’est pas déjà dit, si c’est vraiment le moment.

Et pendant que tu hésites, quelqu’un d’autre la dit et tout le monde trouve ça très bien.

Si tu as déjà vécu ça, cet article est pour toi.

Ce que la timidité coûte au travail

Le problème, c’est que ça se voit pas. Personne va venir te dire que tu ne parles pas assez en réunion.

On va dire que tu es discrèt.e, sérieux.se, appliqué.e, qu’on te sent un peu en retrait. Ce sont même des compliments, en apparence. Et pendant ce temps, les projets intéressants partent à ceux qui les demandent, les augmentations à ceux qui les négocient, et la visibilité à ceux qui prennent la parole.

C’est pas juste, et je vais pas prétendre le contraire. Mais c’est comme ça que ça fonctionne dans la plupart des organisations, où la compétence seule ne suffit pas, il faut qu’elle soit vue.

Le coût qui s’accumule

Sur une réunion, c’est rien. Une idée que tu as pas dite, ça se rattrape.

Sur un an, ça commence à peser. Les projets que tu n’as pas demandés, les moments où tu as laissé passer ton tour, l’augmentation que tu n’as pas négociée. Et sur cinq ans, on parle d’une trajectoire de carrière entière qui a pris une autre direction, sans que personne ait jamais pris de décision contre toi.

C’est souvent là que mes clients arrivent d’ailleurs, après avoir fait ce calcul un soir en rentrant.

Le paradoxe des personnes discrètes

Il y a un truc particulièrement injuste dans tout ça.

Très souvent, les personnes qui se taisent en réunion sont celles qui ont réfléchi le plus. Elles ont tout écouté pendant que les autres attendaient leur tour de parler, elles ont analysé, elles repèrent des éléments que personne voit.

Sauf qu’elles se demandent si leur idée mérite vraiment d’être dite. Est-ce que c’est assez construit, est-ce que ça va pas interrompre, est-ce que quelqu’un l’a pas déjà évoqué autrement… Et le temps qu’elles se décident, la réunion est passée au point suivant.

La qualité de la réflexion est là, c’est le passage à l’acte qui manque.

Ce qui bloque vraiment, c’est la légitimité

Ce qui coince c’est cette impression de pas avoir le droit.

Il faudrait être sûre à cent pour cent avant d’ouvrir la bouche. Il faudrait que l’idée soit aboutie, vérifiée, imparable. Alors que ton collègue, lui, balance des idées à moitié formées, se trompe une fois sur deux, et personne lui ne le blâme.

Et le pire, c’est qu’il progresse plus vite que toi. Parce qu’il se corrige en public, il teste, il reçoit des retours immédiats. Toi tu attends d’avoir raison en silence, donc tu n’as jamais de retour, donc tu continues de douter. C’est le même cercle vicieux que partout ailleurs dans la timidité, l’évitement empêche la preuve qui te permettrait d’arrêter d’éviter.

D’où ça vient, cette sensation

Souvent d’une histoire plus ancienne que le boulot.

Une classe où on te reprenait quand tu te trompais, une famille où la parole était réservée à certains, une remarque humiliante qui date de tes quinze ans et que tu as jamais vraiment digérée. Ton cerveau a appris que parler devant un groupe pouvait coûter cher, et il applique cette leçon en réunion trente ans plus tard, alors que le contexte n’a plus rien à voir.

C’est pour ça que se dire « allez, sois plus confiant.e » ne marche pas.

Par où commencer

Pas par une grande prise de parole héroïque devant tout le monde.

Commence par un truc si petit que tu peux pas te dérober. Une phrase dans une réunion de cinq personnes. Une question, qui te coûte moins qu’une affirmation. Un « je suis d’accord avec ce que dit Paul, et j’ajouterais que… », qui te fait exister sans te mettre à découvert.

L’objectif, c’est pas de devenir la personne qui parle le plus. C’est de donner à ton mental une preuve qu’il n’a pas encore, que tu as parlé et qu’il ne s’est rien passé de grave. Une preuve, puis une autre, à un rythme que tu peux tenir.

Et ça marche, mais ça demande d’être accompagnée au début, parce que seul.e face à une réunion, c’est très facile de reporter à la prochaine fois.

Et maintenant ?

Fais l’exercice, il est inconfortable mais il est parlant.

Sur les derniers mois, qu’est-ce que tu n’as pas demandé au travail ? Une augmentation, un projet, une formation, un poste, un changement d’équipe ?

Si tu veux qu’on travaille ça ensemble, ma porte est ouverte. Un échange de 15 minutes, sans engagement, juste pour voir par où commencer.

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